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L’accès aux plans d’eau au Québec soulève des préoccupations alors que les règles encadrant leur utilisation varient d’une municipalité à l’autre. L’Association des pêcheurs sportifs du Québec (APSQ) dénonce une tendance qu’elle juge inquiétante et qui, selon elle, s’apparente à une privatisation progressive des lacs et rivières.
Le 25 avril dernier, une plaque honorifique a été remise au maire de Trois-Rivières afin de souligner les efforts de la Ville pour maintenir des accès publics et gratuits au fleuve Saint-Laurent. Une initiative saluée par l’APSQ, qui y voit un modèle à suivre dans un contexte où de nombreuses municipalités adoptent des politiques plus restrictives.
«Trois-Rivières fait partie des villes qui ont résisté à cette vague. Les accès à l’eau y sont ouverts et largement utilisés, autant par les citoyens que par les visiteurs», explique François Paquette, vice-président de l’Association des pêcheurs sportifs du Québec.
Selon lui, la situation ailleurs dans la province est préoccupante. Plusieurs municipalités limitent désormais l’accès à leurs descentes à l’eau aux seuls résidents ou imposent des frais dissuasifs aux non-résidents. Dans certains cas, ces coûts peuvent atteindre plusieurs centaines de dollars pour une seule journée.
«On assiste à une forme de privatisation. Pourtant, l’eau est une ressource collective qui devrait demeurer accessible. Le transfert de certaines responsabilités vers les municipalités permet d’encadrer l’accès aux plans d’eau selon leurs propres règlements. Des associations de riverains exercent même des pressions en faveur de mesures plus restrictives.»
— François Paquette, vice-président de l’APSQ
Au-delà du défi d’accessibilité, l’APSQ souligne les impacts économiques de ces décisions, notamment à Trois-Rivières où l’achalandage des descentes à l’eau génère des retombées positives pour les commerces locaux. À l’inverse, certaines infrastructures ailleurs au Québec seraient sous-utilisées en raison de restrictions d’accès.
L’APSQ met également en garde contre les conséquences environnementales. La concentration des activités sur un nombre restreint de sites accessibles entraîne une pression accrue sur certains plans d’eau.
«À la base, ce mouvement-là a commencé autour de 2008-2009, quand certaines municipalités ont commencé à utiliser des dispositions du Code civil pour justifier des frais d’accès de plus en plus élevés, ce qui a poussé des associations de riverains à s’organiser et à contester ces décisions» souligne monsieur Paquette.
Conclusions déposées
Afin de faire avancer le dossier, l’APSQ a récemment déposé un mémoire au ministère des Affaires municipales. L’organisation y propose notamment une harmonisation des règles à l’échelle provinciale ainsi qu’une meilleure utilisation des infrastructures existantes.
«On a rencontré différentes municipalités et parfois on se heurte à un mur, une logique du “nos résidents d’abord”, alors que dans d’autres cas, comme à Shawinigan, on trouve des élus ouverts qui comprennent rapidement que ça n’a pas de bon sens de privatiser l’accès à des ressources naturelles comme les lacs et le fleuve.»
— François Paquette, vice-président de l’APSQ
Certains travaux de réflexion vont plus loin et proposent la mise en place d’un réseau provincial d’accès aux plans d’eau, potentiellement géré par la SÉPAQ, accompagné d’infrastructures de prévention environnementale comme des stations de lavage. Une telle approche viserait à concilier accessibilité, équité et protection des écosystèmes, en s’appuyant sur des données scientifiques plutôt que sur des décisions locales disparates.
Les propositions de l’association s’inscrivent dans une vision plus large de gouvernance des biens communs, où l’État jouerait un rôle central afin d’assurer une cohérence entre les principes d’accès public et les mécanismes de gestion environnementale. François Paquette souligne par ailleurs que des modèles inspirants existent ailleurs, notamment en Ontario et dans certains États américains, où l’accès aux plans d’eau est mieux encadré tout en demeurant accessible.
Malgré les défis, l’APSQ estime qu’il est possible de concilier accessibilité, retombées économiques et respect des communautés locales. L’exemple de Trois-Rivières en serait la preuve.